Balade aux Elefantentreffen

Mercredi 27 janvier

Vague de froid annoncée, je remonte vite fait le pare-brise qui traîne sur une étagère depuis l'achat de la Calif, sachant qu'il sera sacrifié à la première gamelle, va m'emmerder pour la vision quand il sera plein de neige, et après maintes hésitations monte des poignées chauffantes que j'ai en stock, théoriquement destinées à la bécane du fiston. C'est moche de vieillir, paraît-il :-)

La météo prévoyant des conditions de roulage difficiles pour jeudi, je décide de prendre la route l'après-midi pour m'avancer un peu, étape le soir à Guéret, où Robin sort de son bois le temps d'un restau en commun.

Jeudi 28 janvier

Le gyro bleu des saleuses annonce la couleur au petit matin, les pluies verglaçantes annoncées sont bien là, un temps d'hésitation et j'y vais quand même.
Ca commence fort, les roues se baladent de temps à autres, je surveille du coin de l'oeil  un semi qui me suit, un de mes travers le fait ralentir, puis sa remorque qui se barre en sucette lui ôte toute velléité de vouloir suivre le rythme, ouf... :-)

Une petite pause me permet de constater que ça glace vraiment:




J'avais bien vu que ça collait un peu, mais je ne pensais pas à ce point, je m'en aperçois au bloc de glace qui tombe quand je déplie la jambe pour poser pied à terre.



Les joints heureusement déjà moitié morts apprécieront moyennement le traitement.





Casque et écran ne sont pas en reste, le déglaçage semblant impossible sans tout péter, il faudra faire avec.

Je ne vais pas très loin, à Montluçon les gendarmes bloquent la nationale, me proposent aimablement de monter dans leur fourgon pour me réchauffer, ce que je refuse en rigolant, doivent cailler bien plus que moi à faire le pied de grue :-)
Après m'avoir conseillé de rester là, ou bien à la rigueur de prendre l'autoroute, j'enquille à contre-coeur le grand ruban en direction de Clermont.
Bien sûr la machine à tickets est gelé et je poireaute le temps qu'un employé arrive. 
Au bout de 5 bornes un semi s'est sorti dans un vallon, une bagnole qui n'arrive pas à s'arrêter sur le bouchon me frôle, ce qui me décide d'autant plus à désobéir aux zordres et à retrouver des routes plus civilisées.





Autoroute salée qu'ils disaient, vu que les saleuses sont en train tenter de faire le plein avec des pompes qui déconnent, on n'est pas rendus, Vichy; la météo s'améliore ponctuellement, je sors. Le bordel reprend plus loin, coup de botte pour redresser dans un rond-point, en fin de compte je m'apercevrai plus tard que c'est la sacoche qui a croché je ne sais quoi.

Remontée par le Donjon ou je casse la croûte dans un restau ouvrier, sur la route des trucs étranges, du genre stationnement de Kangoo sur le toit, l'autochtone a de drôles d'habitudes...:-)
Bon frichti et patronne qui vaut son pesant d'or, nous font chier me dit-elle en tirant les rideaux, m'autorisant à fumer ma clope à la fin du repas.
Tranche de vie, on discute de nos emmerdements communs.
Comme dab en roulage rapide arrivée sur Beaune en longeant le canal de Bourgogne, puis je prends le tocroute et rejoins Montbéliard sous la neige qui recommence à tomber.
Je passe sur la discussion dans une station service autour des mérites d'une Godier-Genoud, hélas beaucoup trop puissante pour rouler sur la neige, le motard caisseux de rencontre à toujours une bonne excuse, l'hiver :-)



Vendredi 29 janvier
Réparation de la fixation de la sacoche, le rivet qui a sauté est vite fait remplacé par une vis.
Je pars en direction de Ulm en évitant l'autoroute, après Fribourg la neige commence à bien crocher, puis ça se calme et restent juste les plaques apportées par le vent, une fois passée la  petite montagne et ses aimables virolos.



Arrêt gazoline avant d'arriver à Sola, je rencontre des Suisses en Gold attelée. Espérant qu'il vont me servir de poisson pilote car j'ai oublié comment monter, je demande à les suivre. En fin de compte je les laisse partir car plus loin je m'arrête pour aider un motard en rade qui a pété sa chaîne, n'ont même pas ralenti...
De toute manière en fin de compte ils allaient à l'hôtel et ne connaissaient pas vraiment la route, pour eux s'était une première, bon débarras :-)

J'en quille derrière des Italiens, la neige commence à tomber fort, l'hécatombe commence, un motard chute, le second pareil en voulant l'éviter, je stoppe, file un coup de main à relever les motos et à ramasser les morceaux, et demande si c'est bien la route, échaudé car il y a deux ans j'avais suivi des mecs qui se barraient aussi dans un hôtel paumé. Là j'arrête les coups de main, il y a des bécanes tombées tout le long de la route, puis ça se parsème, reste plus loin une GS en train de chaîner car les TKC 80 arrivent visiblement à leur limite.
Après il n'y a plus que des bécanes abandonnées qui commencent à être enfouies sous la neige, pratique, ça sert de repaire, je suis à peu près sûr d'être sur le bon chemin.

Je doublerais juste deux cyclos italiens qui roulent encore, l'idéal pour la neige quand on n'est pas équipé de bons pneus.

Enfin arrivé, un peu de discute avec deux Français, étonnés de voir la Calif remonter de l'accueil pour tranquillement se garer, là où les sides sont à la peine :-)



Reste à trouver une place et à planter la tente, vu que la mission semble impossible tant il y a de monde et de volume de neige rejetée en creusant, je me barre dans les bois, enfin à l'orée, ce qui est théoriquement interdit.



Fantomatique, non? :-)


Quelques bières et feux d'artifice plus loin j'irais me pieuter, je ne suis visiblement pas le seul, la neige qui dégringole n'incite pas aux longues veillées, et la seule salle abritée est minimaliste. 



Samedi 30 janvier

Réveil sous le soleil, génial mais il y a du taf.



Bon, va falloir dégager le bestiau... :-)



Pas besoin de l'atelier malgré ce qu'indique le panneau, une fois déneigée ça part au quart de tour. Je débloque le neiman du Harley voisin au briquet, les bikers c'est plus ce que c'était, même pas de quoi allumer un pétard en poche.



Balade, je cherche si je vois des copains, hélas pas mal de Français ont abandonné vu les conditions de route difficiles.



Une jap qui se réchauffe au coin du feu, c'est frileux ces bestioles:





Je rencontre Patrick qui lui aussi se sent un peu seul vu que ses potes ont déclaré forfait, donc il a l'intention d'abréger et de redémarrer dans la matinée,  sa destination finale est Kiev en Ukraine.



Comme je tourne un peu en rond je lui propose de faire un bout de route avec lui.
Sous le camouflage se cache une V50 Guzzi :-)



Pas mal de monde s'en va, d'ailleurs, la route promet d'être peut-être un peu plus longue que d'habitude.



Même les chenillettes bouchonnent :-)


On sort du site sans problème, vire sur une petite route au début à peu près propre, donc démontage des skis et chaînes, perso je fais aussi le couillon  et garde la pression route dans les pneus pensant que c'est bon. Deux bornes plus loin ça dégénère grave, ornières glacées en descente, les deux roues se disent merde, gamelle au ralenti, le pare-brise pète comme c'était bien prévu, pas grave, ce truc est une horreur, un bout de scotch et ça tiendra :-). Je lâche un peu d'air et on attaque une grimpette sévère, après avoir attendu que les bagnoles qui n'arrivent plus à monter s'en sortent en crabe en marche arrière. Nous sommes bloqués avant d'arriver en haut à cause d'un side qui s'est mis en travers, on pousse le truc et on repart sans trop de mal, quand même un petit ouf quand on retombe sur une route à peu près dégagée :-)

Direction Ceské Budéjovice en République Tchèque par les routes de campagne, bien suivre la trace quand il y a de la neige, pas dépasser le 60, et tout va bien.
Les paysages commencent à sentir l'Est, on continue vers Brno, il fait nuit et ça commence à devenir un peu hard, décision est prise de pauser au premier bled venu, si possible dans du dur vu que Patrick a pas mal d'affaires mouillées gelées.
On s'arrête à Telc en face d'un hôtel basique mais fermé, en langage des mains un vieux nous explique que de toute manière c'est trop cher, il a dû deviner à la dégaine que l'on ne faisait pas dans le palace. Un gars est en train de charger son C15 et coup de bol parle anglais, il nous propose de nous emmener à un privat à quelques bornes. Là c'est palace, de quoi cuisiner et faire sécher un peu le matos, 

Dimanche 31 janvier

Je discute avec des ouvriers Slovaques qui logent dans le même privat, ils montent des silos à grains, nous trouvent bargeots de rouler par un froid pareil. Pour savoir ce que c'est que le boulot dehors par grand froid, je préfère être à ma place qu'à la leur.
Moins pas mal sous zéro, les gars partent au boulot à 7 heures, pas de dimanche pour eux, je vadrouille dans le village à pied pendant que Patrick roupille.
A son réveil j'apprends que lui aussi bosse dans la construction et l'entretien de silos, marrant.


Grand moment de solitude quand nos deux démarreurs font simultanément "clic". Après avoir dégommé le moteur à la main en tournant la roue la V50 démarre, la Calif pète aussi au premier coup une fois localisé le problème, le solénoïde a du mal à bouger, sûrement bloqué par un graissage inadapté, suffit de shunter direct pour éviter de péter le fusible.

Arrêt à Brno, balade dans la ville pour retrouver un hypothétique marché que personne ne connait sauf Patrick :-), ça finit au bistrot où l'on descend quelques bières avant de nous séparer, direction la Pologne pour lui et l'Autriche pour moi.


Vienne, la nuit est tombée, dans une station service je tombe sur un mec sympa qui me dit de le suivre pour trouver de quoi dormir à pas cher hors hôtels. On tournicote un peu avant de trouver un truc libre, la Calif sera aux petits oignons dans le garage chauffé des proprios, un couple sympa d'Iraniens qui viennent de s'installer il y a quelques semaines.

Lundi 1er février

A 100 mètres d'où j'ai pioncé je tombe sur un magasin Louis, j'attends l'ouverture et repars juste avec quelques fusibles, je cherchais des sur-bottes chaudes mais ils n'ont pas. Je devais en acheter aux Eleph chez un marchand ambulant mais le départ a été un peu précipité.


La sortie par de la nationale commence à devenir gonflante, un fort vent latéral souffle poussant par endroit la neige sur la route, la bécane penchée là dessus et malmenée par les bourrasques, ça calme, dès le matin.
Je passe devant Deus, une petite porte de garage au fond d'une cour, j'hésite à m'arrêter mais je sais que la journée est bouffée si je le fais, une autre fois peut-être...
Partout on sent que le tourisme motard est une affaire qui tourne dans la région. Je descends vers Villach et la frontière italienne, moitié par route et autoroute, en passant par Judenburg.



Tolmezzo, Italie, je tombe sur un hôtel à pas cher, renseigné par le pompiste du coin. Patron et serveur sont des amateurs fous de vin, je m'en doutais vu  la sélection de la carte. On parle métier et passion une bonne partie de la soirée, ils m'offrent de très beaux bouquins sur les vins et la gastronomie du Friul. Après dégustation de digestifs je tombe sur une bouteille de grappa vraiment géniale, aller zou, embarquée aussi malgré le manque de place, c'est trop rare pour que je manque l'occasion.

Mardi 2 février

Direction Belluno vu que je n'arrive pas à savoir si ça passe après Cortina d'Ampezzo. Route tranquille enneigée par endroits.







Cuisine japonaise, sûrement :-)

Passé Trento, le piémont se couvre de vergers


Passo de Tonale, sous le massif du Stelvio.



Direction le lac de Côme où je squatte un camping dont la barrière est ouverte.


Mercredi 3 février

Petit matin sur le lago, les canards s'en donnent à coeur joie, ça pèle sec, enfin non, mouillé, ce qui est bien pire.



Je rejoins Lugano puis Locarno, pour passer par les Centovalli, route bien virolante que longe un petit train d'altitude.



Attention chute de glaçons.



Re et sa récente basilique, légèrement décalé vu le lieu un peu paumé, pas de tourisme aujourd'hui, je connais déjà.



Descente vers Domodosola pour filer vers le col du Simplon.



Hospice du Simplon, ça neigeotte.
Ce qui est bien l'hiver, c'est qu'on n'est pas emmerdé par les touristes, il sont tous au Maroc :-)



Direction la Forclaz, descente après le col des Montets.


L'air se réchauffe, ça sent le retour, gaz par l'autoroute jusqu'à St-Etienne où je tente de trouver une chambre chez Thalie. Hélas hôtel complet, pause pour discuter un peu et recherche d'un coin pour planter la guitoune du côté de St-Victor, ce qui se révèle complexe, vu la densité de l'habitat, l'heure tardive, et  la fatigue qui commence à se faire sentir . Je jette l'éponge et atterris au F1 du coin devant lequel je passe par hasard, à vrai dire je suis un peu paumé.

Jeudi 4 février

Je décide d'une matinée relax, direction Usson en Forez, puis vadrouille sur les petites blanches enneigées du côté du col de Dansadoux


J'arrête de traîner malgré les paysages magnifiques en cette saison, St-Germain l'Herm et gaz vers Orbeil, Corinne m'attend pour l'étape du midi.
Repas revigorant et rattrapage de l'A89 en zonant peu, vu que que je ne passe pas par l'itinéraire indiqué et me retrouve paumé en cambrousse en ayant oublié de faire le plein d'essence :-)

Je préfère oublier le retour, flotte à partir de Brives de nuit et moral dans les godasses,.

Vivement la prochaine... :-)

didier